Enjeux climat en entreprise : tout le monde est d’accord, personne ne bouge ?
- il y a 7 heures
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Alors que l’on peut penser que l’écologie recule dans l’opinion publique et politique, la réalité est autre : la perception de l’écologie est stable et le soutien aux politiques environnementales est globalement élevé.
Pourquoi, alors, a-t-on l’impression que rien ne bouge, et que tout le monde “en a marre de l’écologie” ? Quels arguments mobiliser pour relancer l’action et les engagements qui semblent au point mort, notamment la RSE dans les entreprises ?
Dans cet article, on décrypte le backlash écologique : pourquoi il prend de l’ampleur, ce qu’il révèle vraiment, et comment les entreprises peuvent réagir intelligemment, en embarquant leurs équipes.
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Le backlash écologique existe, mais il est crucial de le nuancer.
Contrairement aux idées reçues, les Français n'ont pas tourné le dos à l'écologie. La confiance dans le consensus scientifique reste stable, l'importance donnée à l'environnement se maintient entre 7,5 et 8/10 depuis plus de 10 ans, et 97% des solutions de transition continuent de faire l'unanimité, à condition d'être perçues comme équitables.
Ce qui change ? L'écologie ne disparaît pas des priorités, elle est concurrencée par d'autres urgences : pouvoir d'achat, santé, sécurité. C'est donc la polycrise et la multitude des enjeux qui ralentissent l'action, et non pas un rejet de fond.
Pour les entreprises, le message est clair : les attentes d'actions sont fortes, mais la défiance aussi. Agir sur la transition écologique n'est plus une option morale, mais un levier stratégique de pérennité face aux crises à venir.
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Backlash écologique : la société consciente des enjeux
Il y aurait un backlash écologique qui se manifesterait par un retour en arrière des politiques environnementales, ainsi que de l’opinion sur les questions de transition. Les médias s’appuient en effet sur des reculs environnementaux tels que la loi Omnibus et la CSRD, les attaques contre l’ADEME, l’Agence Bio ou l’OFB, ou encore la baisse de budgets RSE dans les entreprises.
Certains médias traditionnels avancent que c’est aussi la population française qui, lassée de l’environnement, remet en question le consensus scientifique, ou encore refuse de soutenir des solutions “d’écologie punitive”.
Si ces éléments sont révélateurs de mouvements de fond dans les perceptions de l’écologie, il est important d’aller sur le terrain pour savoir ce que la société en pense réellement. A ce sujet, de nombreux rapports et baromètres existent pour évaluer l’évolution des perceptions.
Dans cet article, nous vous explorons plus précisément du 26ème baromètre Les représentations sociales du changement climatique de l’ADEME, qui se concentre sur l’opinion des Françaises et Français en 2025, ainsi que sur le rapport de L'Observatoire international Climat et Opinions Publiques qui présente un état des lieux international des opinions, connaissances, attentes et niveaux d’engagement face au changement climatique.
Une confiance stable en le consensus scientifique
Nos observations, discussions et lectures le confirment toutes : il existe bel et bien un backlash, mais celui-ci ne résulte en rien d’un recul de l’engagement ou de l’intérêt pour l’écologie.
Tout d’abord, la part de climatosceptiques n’augmente plus, que ce soit en France, à l’international, et même aux USA. Ils représentent toujours à peu près 1/3 de la population mondiale et même l’élection de Donald Trump n’a pas donné d’élan particulier à la part de climatosceptiques.
Cependant, la part de personnes convaincues de la véracité scientifique reste stable également : le débat semble figé.
Aucun recul n’est donc à noter sur la confiance en le consensus scientifique.
Si vous souhaitez en savoir plus, Parlons Climat a réalisé une étude spécialement sur les climatosceptiques. On y apprend notamment que qu’une grande partie n’est pas opposée aux solutions, et est plutôt dans un rejet des écologistes et de certaines postures que dans un rejet de l’écologie. C’est dans cet esprit que nous avons créé l’atelier-discussion Cultivons Notre Avenir, qui permet de dépasser les clivages et d’aller parler écologie par les enjeux du quotidien de chacune et chacun.
En plus de la conviction des faits scientifiques, l’importance donnée à l’environnement et au climat est renforcée par le fait que les citoyens et citoyennes vivent de plus en plus les conséquences concrètes du changement climatique sur leurs vies quotidiennes et ce, partout dans le monde : montée des températures, inondations, ou encore impacts directs sur le porte-monnaie, comme les américains le constatent en majorité.
Plus précisément, en France, 42% disent déjà subir les conséquences du changement climatique, et 65% pensent que “les conditions de vie deviendront extrêmement pénibles à cause des dérèglements climatiques”.

Les conséquences sur les entreprises et les opportunités
Point important, les entreprises sont également de plus en plus touchées par les conséquences concrètes du changement climatique, que ce soit par l’atteinte de leur chaîne de valeur, des tensions sur les matières premières, ou encore des pressions légales ou de leurs parties prenantes.
Par exemple, du fait du changement climatique, la production d’oranges a connu une baisse conséquente en 2024 (-20% par rapport à 2023), obligeant les producteurs à augmenter les tarifs, ce qui a conduit à une augmentation de leurs prix de vente aux fabricants de sodas, et à une “situation qui n’est plus tenable” selon le directeur commercial de Suntory Beverage & Food France (Orangina, Oasis et Schweppes).
Autre exemple, la chaîne de valeur de Porsche, très exposée aux fluctuations autour de l’aluminium, comme le montre cet épisode de 2024.
Ces tensions sur les matières premières ne sont pas prêtes de diminuer et causent, en plus de dépendances et risques sur les entreprises, des tensions géopolitiques sur l’accaparement des ressources, comme l’actualité peut en témoigner.
En réalité, c’est une vraie opportunité d’action pour les entreprises : plutôt que d’opposer écologie et économie, ces risques montrent concrètement qu’agir les rend plus solides et plus robustes sur le long terme. C’est d’ailleurs l’angle que nous défendons et que nous approfondissons dans notre atelier Convergences.
Les sujets environnementaux toujours aussi importants
Enfin, l’importance que donnent les Français à l’environnement reste globalement stable, avec une note d’importance comprise entre 7,5/10 et 8,1/10 depuis plus de 10 ans (source : 26ème baromètre des représentations sociales du changement climatique de l’ADEME). Cette stabilité sur l’importance de l’environnement est également remarquée à l’échelle mondiale.

En bref, sur la confiance en le consensus scientifique sur les sujets environnementaux, ainsi que sur l’importance donnée à ces enjeux, les chiffres ne bougent pas. La question est cependant celle de la priorité montante d’autres sujets, dépassant celle donnée aux enjeux environnementaux et climatiques.
La priorité écologique et les actions environnementale en baisse
En France comme en moyenne dans le monde, les sujets environnementaux et climatiques ont perdu en importance depuis 2015. Cependant, comme le rappelle L'Observatoire international Climat et Opinions Publiques, “c’est moins le climat qui baisse que d’autres thématiques qui progressent dans l’ordre des priorités”.

Dans ce contexte, on peut se demander si les solutions sont toujours aussi bien reçues, ou si la dépriorisation relative de l’écologie entraîne un rejet des solutions associées.
Des solutions qui font l’unanimité, à condition d’être dans un esprit d’équité
Bonne nouvelle sur ce sujet, il n’y a pas de backlash perceptible dans l’opinion : en matière de prise de décisions, la majorité est pour changer ses comportements.
Il y a cependant une condition sine qua non à cela : les décisions doivent se prendre dans un esprit social et démocratique. Comme le synthétise le 26ème baromètre des représentations sociales du changement climatique de l’ADEME : “La hiérarchie des conditions nécessaires pour accepter des changements dans les modes de vie n’a guère changé depuis 2015 : en tête, de loin, la garantie d’un partage équitable des efforts entre tous les membres de la société (41 %).”
Aussi, si la majorité (58%) des Français s’accordent sur le fait qu’il “faudra modifier de façon importante nos modes de vie pour limiter le changement climatique”, on observe une stagnation, une fatigue et une démobilisation dans les comportements.
En effet, une partie déclare ne pas pouvoir faire plus d’effort et faire son maximum (1/3), tandis que d’autres disent que faire plus d’efforts leur coûterait beaucoup. C’est d’ailleurs une tendance que l’on remarque depuis plus de 2 ans, avec déjà une forte récurrence lors de notre passage au Téléphone Sonne de France Inter en décembre 2023, et face à laquelle nous nous mobilisons pour trouver des solutions.
Il y a d’ailleurs des solutions qui motivent collectivement, tandis que d’autres clivent et démobilisent :
Les ENR, l’interdiction de la publicité ou encore les taxes sur le transport aérien récoltent généralement l’adhésion citoyenne, notamment car ces propositions ne sont pas contraignantes sur la vie quotidienne des individus.
A l’inverse, les mesures perçues comme contraignantes - qui touchent aux ordures ménagères ou aux voitures individuelles - sont clivantes et remportent peu d’adhésion citoyenne.
Des attentes d’actions différentes selon les acteurs
Cependant, le sujet principal n’est peut être pas tant les mesures mises en place, mais les acteurs qui agissent. En effet, les solutions perçues comme contraignantes pour les individus sont de moins en moins acceptées, notamment car les citoyennes et citoyens ont déjà l’impression d’être les acteurs qui en font le plus pour la transition écologique.

En Europe, et notamment en France, les citoyennes et citoyens sont perçus comme particulièrement exemplaires, et faisant beaucoup d’efforts. En moyenne dans le monde, ce sont à égalité les gouvernements et les individus qui sont perçus comme les acteurs agissant le plus.

Cependant, ce sont les gouvernements qui sont globalement cités comme les acteurs qui devraient le plus agir. Les Français quant à eux estiment qu’un trio d’acteurs doit agir : le gouvernement, les entreprises, et les citoyens / consommateurs. La France se singularise donc par une interpellation plus forte de la responsabilité environnementale des entreprises et des citoyens (cette dernière en forte hausse par rapport à 2023).
Les fortes attentes des Français envers les entreprises
En revanche, si les Français ont de grandes attentes d’actions envers les entreprises, ils considèrent que celles-ci sont, avec l’Etat, parmi les acteurs qui agissent le moins. Les citoyens et citoyennes ont en effet peu confiance en les instances internationales et les entreprises, non seulement sur leurs actions actuelles, mais aussi sur leurs actions possibles à venir. Une explication possible est le besoin de comprendre et résoudre les injonctions contradictoires auxquelles les entreprises et dirigeants font face, notamment sur le plan écologique.
C’est d’ailleurs un des points de départ de la création de Convergences, l’atelier de 2tonnes où l’on incarne la direction d’une entreprise pour dépasser les tensions entre business, responsabilité, et pérennité. (stay tuned, nous vous préparons d’ailleurs tout un article à ce sujet 😉)
La polycrise ralentit l’action et abîme le faire ensemble
En résumé, la population française et mondiale est toujours aussi informée et inquiète sur les sujets environnementaux, mais d’autres sujets passent en priorité, comme le pouvoir d’achat, la santé et la sécurité. Le backlash n’est donc pas un rejet de l’écologie, mais plutôt une réorganisation de priorités face à une polycrise qui touche à tous les sujets des citoyens et entreprises.

Cela explique en partie l’impression qu’ont certains de ne pas pouvoir faire plus en termes de gestes individuels. Alors qu’une partie des citoyens se sent au maximum de son possible effort et se démobilise, la société garde une certaine défiance sur les actions actuelles et à venir des instances internationales et des entreprises, et un niveau record pense que personne n’agit sur le sujet.
Redonner aux individus et aux collectifs leur pouvoir d’agir est un des objectifs de 2tonnes, et nous sommes convaincus que ça ne se fera pas sans repenser notre façon de penser et d’agir ensemble.
Conclusion
Comme le résume Parlons Climat dans sa note Vers un pivot majoritaire de l’écologie ? : “Nous ne sommes pas dans une phase de retournement ou d’essoufflement général du projet de transition dans l’opinion publique. Nous sommes à la fin d’une phase de mise à l’agenda, de sensibilisation et de mobilisation. Suffisamment visible et installée, la cause environnementale atteint aujourd’hui certaines limites de croissance, elle génère même des contre-réactions, et fait l’objet de politisations et de clivages nouveaux.”
Pour répondre à ces nouvelles limites, il est crucial pour les acteurs de l’écosystème de l’impact de questionner leur posture pour embarquer ces différents publics : passer de la posture moralisatrice et binaire à la posture incrémentale et empathique, aller à la rencontre de chacune et chacun pour comprendre leurs enjeux du quotidien et leurs liens avec l’écologie, et favoriser le développement du collectif pour mieux résoudre les problèmes ensemble.
Contribuer à dépolariser la société grâce à la pédagogie et l’intelligence collective est d’ailleurs une des grandes missions de 2tonnes.
C’est pour lutter contre la démobilisation et le cynisme, et embarquer dans l’action, que 2tonnes s’est renouvelé et a déployé de nouveaux ateliers.
Vous ne les connaissez pas encore ? 👇




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